mercredi 2 avril 2014

Dictée

Les confitures


Le jour que nous reçûmes la visite de l’économiste, nous faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de framboise.

L’économiste, aussitôt, commença de m’expliquer avec toutes sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous aurions le plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que c’était une coutume du Moyen Age, que, vu le prix du sucre, du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions avantage à manger des bonnes conserves qui nous viennent des usines, que la question semblait tranchée, que bientôt personne au monde ne commettrait jamais pareille faute économique.

-  « Attendez, monsieur ! m'écriais-je. Le marchand me vendra-t-il ce que je tiens pour le meilleur et le principal ?
- Quoi donc ? fit l’économiste.
- Mais l’odeur, monsieur, l’odeur ! Respirez : la maison tous entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l’odeur des confitures !... ici, monsieur, nous faisons nos confitures uniquement pour le parfum. Le reste n'a pas d’importance. Quand les confitures sont faites, eh bien !  monsieur, nous les jetons.»


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