samedi 30 novembre 2013

DIctée

Le jeu d'échec



        Un jeune prince très puisant régnait dans les Indes : il était d’une fierté qui pouvait devenir fatale à ses sujets et à lui-même. On essaya de lui faire entendre que la plus grande force d’un  prince est dans l'amour de ses sujets ; ces remontrances ne servirent qu’à attirer des châtiments sur ceux qu’il les lui avait présentées. Un sage, dans le but de les lui faire accepter, sans toutefois s'exposer au même péril, inventa le jeu des échec, où le roi, quoique la plus considérable  de toutes les pièces, est impuissant pour attaquer, et même pour se défendre sans l'aide des ses sujets et de ses soldats. Le prince était né avec beaucoup d’esprit ; il se fit à lui-même l'application de cette leçon adroite, changea de conduite, et par là prévint les calamités qui le menaçaient. Dans sa gratitude, il abandonna au savantle choix de sa récompense. Celui-ci demanda qu'on lui remit autant de grains de blé qu'en pourrait produire le nombre des cases de l'échiquier, en doublant toujours depuis la première jusqu'à la soixante-quatrième ; ce que le prince lui accorda sur l'heure et sans examen. Mais il se trouva, par le calcul, que toutes les récoltes produites dans les vastes états de l'Inde n’auraient pas suffi à tenir l'engagement que le roi venait de contracter. Notre philosophe saisit alors l'occasion pour lui démontrer qu’il importe aux rois de se tenir en défiance contre ceux qui les entourent, et combien ils doivent appréhender que l'on n'abuse de leurs plus généreuses intentions. 

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